inventaire et valorisation du patrimoine de bretagne

Depuis plusieurs années le Pays de Ploërmel est engagé dans une opération ambitieuse d’exploration de ses patrimoines. Ambitieuse à la fois par la taille du territoire à explorer, la diversité des champs patrimoniaux et par la démarche engagée. Point d’étape avec Baptiste Oligo en charge de ce projet :  

 

Avant d’entrer au cœur de cette démarche, pouvez-vous nous expliquer ce qui caractérise le patrimoine du Pays de Ploërmel et le rôle que joue l’Inventaire sur le territoire ? 

Le Pays de Ploërmel est un territoire marqué par une forte histoire. Il est traversé par l’Oust, fait partie de l’ancien Porhoët et comprend une partie de la forêt de Brocéliande. On y trouve aussi des villes comme Josselin ou Malestroit, qui témoignent encore de ce riche passé. 

Cette histoire, on la retrouve partout dans le patrimoine bâti, qu’il soit monumental ou plus ordinaire. C’est justement ce que cherche à documenter l’opération d’Inventaire : comprendre comment ce patrimoine s’est construit, comment il a évolué au fil du temps et surtout, partager cette connaissance avec celles et ceux qui vivent sur le territoire. 

 

La démarche revendique une dimension participative importante. Pourquoi et comment s’est-elle construite ainsi et qu’est-ce que cela signifie pour les habitants ?

Atelier GLAD pour former les bénévoles à l’utilisation de l’outil sur le terrain et visite guidée du cimetière de Ploërmel dans le cadre du Printemps des Cimetières © Pays de Ploërmel

L’Inventaire a débuté en 2019, à l’initiative de bénévoles de plusieurs associations patrimoniales du Pays de Ploërmel. Le projet à cette époque manquait de cohésion entre les communes et avançait de manière sporadique. En 2024, le projet s’est structuré avec la Région Bretagne qui nous apporte un accompagnement méthodologique, scientifique et financier.  

Aujourd’hui, près de 120 bénévoles participent à l’Inventaire dans les 56 communes du territoire. Ils s’appuient notamment sur GLAD, l’outil régional de collectage du patrimoine qui permet à chacun de signaler et de documenter ce qu’il observe autour de chez lui.  

Depuis le lancement de l’opération sur GLAD en février 2025, 1 844 nouveaux éléments ont déjà été identifiés. C’est un résultat important, qui montre toute la richesse du territoire. Et surtout qui permet de faire émerger des éléments parfois méconnus, comme une ancienne maison de prêtre ou un panneau de signalétique Michelin grâce à ceux qui vivent ici et qui en connaissent l’histoire et les particularités.  

 

Tout au long de l’année, nous participons à différents évènements pour faire connaître la démarche et rencontrer de nouveaux participants. Le Printemps des cimetières, les Journées européennes du patrimoine, Causons patrimoine, mais aussi les ateliers identification de photos ou les visites guidées… Ces occasions nous permettent d’aller à la rencontre des publics et de faire vivre le réseau de bénévoles dans la durée.  

 

 

Nous réalisons actuellement une série de tournages avec l’association Les passeurs d’images et de sons basée à Sérent pour montrer à quoi ressemble l’action d’un contributeur de l’Inventaire : il y a les moments « terrain » où il va arpenter le territoire, observer et photographier les bâtiments, et aussi échanger avec les habitants et les moments où il retourne saisir les informations recueillies dans GLAD. 

Le film, d’une vingtaine de minutes, sera diffusé à la fin d’année 2026. L’objectif est de donner à voir ce travail de terrain engagé depuis plus d’un an et demi, mais aussi de montrer ce que permet la démarche participative. Les bénévoles connaissent bien leur territoire et ont souvent plus de facilité à aller à la rencontre des habitants, à entrer en contact avec eux et parfois même à pousser la porte de maisons qui restent habituellement difficiles d’accès.

Séance de tournage au village du Tertre en Sérent avec Les passeurs d’images et de sons © Pays de Ploërmel

 

 

 

Au-delà de la mobilisation des bénévoles et des actions de valorisation, comment la démarche permet-elle de renouveler le regard sur le patrimoine du Pays de Ploërmel ? 

Statue de saint Jean, chapelle Saint-Golven en Taupont, lors de Inventaire topographique sur le canton de Ploërmel de 1985 et l’Inventaire du patrimoine du Pays de Ploërmel en 2025 © Inventaire général & Pays de Ploërmel

 

Quand on regarde le travail réalisé par l’Inventaire, on mesure le chemin parcouru. Aujourd’hui, 2 539 dossiers documentent le territoire, pour la plupart issus de campagnes menées dans les années 1970 à l’échelle des anciens cantons. A l’époque, l’attention portait surtout sur les édifices remarquables : églises, chapelles, châteaux ou manoirs, comme la chapelle Saint-Joseph à Ploërmel ou le château de Trécesson à Campénéac.  

Depuis, le regard s’est élargi. Nous nous intéressons davantage à l’architecture rurale et vernaculaire : les maisons, les fermes, les fours à pain, mais aussi aux matériaux et aux techniques de construction. Ces éléments plus modestes racontent pourtant beaucoup du territoire et de son histoire. Les faire connaître permet aussi à chacun de mieux comprendre et de s’approprier son cadre de vie. L’idée, c’est que le patrimoine ne se limite pas aux monuments les plus prestigieux : il peut aussi se trouver dans ce qui nous entoure au quotidien. Et quand on regarde de plus près les constructions ordinaires, on découvre toute une diversité de matériaux et de techniques qui racontent, eux aussi, l’histoire du Pays de Ploërmel. 

 

A gauche : appareillage de grès, de quartz et de schiste sur la façade sud de la ferme du manoir de La Ville Guesniac en Mohon (56) © Pays de Ploërmel. A droite : construction en bauge dans le village de Leucadeuc, en Guilliers (56) © Pays de Ploërmel

 

A quelques kilomètres de distance, les matériaux de construction peuvent changer : le granite domine à Sérent, tandis que le schiste pourpre est très présent à Concoret. On retrouve également du grès, du quartz ou du pan de bois dans plusieurs centres anciens, notamment Josselin, Guer, La Trinité-Porhoët, Malestroit et Ploërmel. La bauge, elle, est très présente dans les hameaux du nord du territoire. Elle a longtemps été considérée comme un matériau peu noble face à la pierre, et retrouve aujourd’hui de l’intérêt, notamment pour ses qualités thermiques.  

 

 

 

 

En définitive, quel rôle cet Inventaire est-il amené à jouer dans la transmission, la protection et la valorisation du patrimoine auprès des habitants et des générations futures ? 

L’objectif, au fond, c’est que les habitants puissent mieux connaître et s’approprier l’histoire de leur territoire à travers ce qui les entoure au quotidien. Le travail mené par l’Inventaire depuis plusieurs décennies constitue une ressource précieuse pour cela, mais encore faut-il que cette connaissance soit accessible au plus grand nombre.  

C’est dans cette logique que le Pays de Ploërmel a créé la Maison des patrimoines, un site internet consacré aux patrimoines du territoire. Il rassemble notamment les données issues de GLAD, tout en allant plus loin avec des sujets qui ne relèvent pas directement de l’Inventaire régional comme le patrimoine immatériel ou les personnalités locales. L’ensemble du site est ouvert à contribution, chacun peut signaler un évènement autour de chez lui grâce à l’agenda ou encore participer à enrichir la bibliographie d’une figure du coin. 

 

En charge de cette opération d’Inventaire : Baptiste OLIGO, [email protected].