inventaire et valorisation du patrimoine de bretagne

Les travaux de modernisation du terminal ferry du Naye, engagés en 2025 par la Région Bretagne, ont permis la redécouverte dans le terre-plein, de plusieurs vestiges bâtis d’époques différentes témoignant de l’histoire du port de Saint-Malo.

 

Un nom qui garde la mémoire du lieu

Le toponyme « Naye », anciennement attesté sous différentes formes, renvoie à la situation géographique originelle du site : une pointe s’avançant dans la petite mer de Saint-Malo, comme le nez au milieu de la figure !

 

Un ancien avant-port

Construite entre 1837 et 1840, la digue de l’avant-port de Saint-Servan était liée à la création du bassin à flot de Saint-Malo. Remblayée dans les années 1920, lors de la construction de la grande écluse du Naye, elle a ressurgi lors des travaux de la nouvelle gare maritime.

La réalisation d’une fouille archéologique en mars 2026 par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP Grand Ouest) en partenariat avec la Région Bretagne – service de l’Inventaire du patrimoine culturel – a permis une meilleure compréhension du fonctionnement de cet ensemble portuaire et militaire.

La salle de garde quasi fossilisée de l’un des bunkers. De part et d’autre de la pièce, les ouvertures de tir blindées ; au centre, la porte étanche d’accès, à gauche de la porte l’emplacement du système de ventilation ; à droite de la porte, bouche de surpression à clapet. (c) Région Bretagne, service de l’Inventaire du patrimoine culturel, Bernard Bègne, 2026

 

Un fort devenu terre-plein

Construit entre 1838 et 1843 sur l’emplacement d’ouvrages défensifs plus anciens et de deux moulins à vent, le fort du Naye a progressivement perdu son caractère insulaire. Transformé et largement arasé au cours du 20e siècle, le fort conserve néanmoins les traces de ses différentes occupations et de ses usages successifs.

 

Une batterie antiaérienne oubliée

En 1943, l’Allemagne nazie implante sur le terre-plein du Naye une importante batterie d’artillerie antiaérienne destinée à protéger le port de Saint-Malo des bombardements aériens anglo-saxons. Prévue pour recevoir six canons de 8,8 cm de calibre, elle comprend 22 constructions.

Après la guerre, la plupart de ces constructions sont détruites ou ensevelies. Trois bunkers ont cependant été redécouverts en 2025 lors du chantier de la nouvelle gare maritime et documentés avant leur remblaiement comme ce bunker d’un volume de 840 m3 de béton qui avait pour fonction de recevoir un canon antiaérien de gros calibre, d’abriter des soldats et de stocker des munitions.

 

Recenser, étudier, faire connaître

L’étude historique et documentaire menée par l’Inventaire du patrimoine culturel de la Région Bretagne montre ainsi comment un même lieu peut conserver, parfois à seulement quelques centimètres de profondeur, les traces successives de l’histoire : la modernisation du port de Saint-Malo aux 19e et 20e siècles, l’évolution des défenses, y compris durant l’Occupation avec la création d’une batterie antiaérienne par l’Allemagne nazie, la quasi-destruction du fort à la Libération jusqu’aux projets touristiques des années 1970-1980 liés à la création du port de plaisance des Sablons.

Le terre-plein du Naye à Saint-Malo constitue ainsi un véritable palimpseste patrimonial, dont les travaux d’aménagements contemporains ont permis de révéler les différentes strates. La déconstruction de l’ancienne gare maritime à partir de septembre 2027 pourrait entrainer la mise à jour d’autres bunkers.

A l’achèvement des travaux, les vestiges du fort serviront d’écrin à la nouvelle gare maritime du Naye.

 

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