inventaire et valorisation du patrimoine de bretagne

Dans la société rurale, les fours à pain constituaient des lieux de sociabilité majeurs. Précédemment soumis aux droits féodaux, leur nombre explose au lendemain de la Révolution avant d’être progressivement abandonnés dans les années 1950-1960 lorsque les fours à gaz et électriques accélèrent la professionnalisation du métier de boulanger. Aujourd’hui, ils suscitent un nouvel engouement à l’origine de projets de restauration, et chauffent à nouveau, le temps de fêtes ponctuelles ou pour installer de façon plus pérenne de « nouveaux » boulangers, amateurs de savoir-faire authentiques.

 

L’appel à projets de la Région Bretagne « Participer à la diffusion de fonds iconographiques sur le patrimoine architectural et mobilier de Bretagne » a été l’occasion pour l’association TIEZ BREIZ – Maisons et Paysages de Bretagne de valoriser le fonds documentaire qu’un passionné, Pierre le Guiriec, lui avait remis en 2017.

Photo prise au début de la chauffe du four du Cleuziou à Lanvénégen (56), par Pierre Le Guiriec en 2009

Ancien boulanger, petit-fils de fournier et fils de boulanger, Pierre Le Guiriec a commencé un minutieux travail de recensement de fours à pain après avoir participé, au début des années 2000 à la restauration d’un four communal à Plomelin (29). Ses explorations investissent la Basse-Cornouaille, les pays Glazig, et Bigouden, de Quimperlé et des Avens, et lui ont permis de réaliser près de 600 fiches enrichies de quelques 3 000 clichés. Chaque four fait l’objet d’une fiche incluant une description architecturale : dimensions extérieures et intérieures, précisions constructives (forme des ouvertures…), implantation, emprise au sol, matériaux, etc. Certaines fiches intègrent également des transcriptions de témoignages portés par les habitants, renseignant l’édifice, son histoire, ses utilisations, ainsi que les émotions notées par Pierre Le Guiriec lui-même au fil de ses découvertes.

Au même titre que l’habitat, les fours à pain témoignent des diversités géologique, culturelle, architecturale et culinaire des territoires. Il en existe deux grandes typologies : les fours « adossés » et les fours « isolés ». Les premiers sont construits contre le pignon d’un bâtiment dans lequel s’ouvre leur gueule. Les autres sont édifiés à distance afin d’éviter les risques d’incendie ; dans un village, ils sont généralement au centre afin d’en faciliter l’accès à tous. Les implantations, matériaux de la voûte et de la sole, forme de la gueule, nature et finition de la couverture affinent ces typologies.

 

Variété de fours à pain (Riec-sur-Bélon, 29 ; Fouesnant, 29 ; Moëlan-sur-Mer, 29). Photos de 2009 et 2010 de Pierre Le Guiriec

 

Tous ces détails fournissent de précieux renseignements pour les chantiers de restauration qu’accompagne ou que conseille l’association Tiez Breiz.  C’est d’ailleurs le sens de cette démarche d’insertion de 200 fours à pain décrits par Pierre le Guiriec sous forme de notices de recensement dans les bases de données de l’Inventaire, réunis dans un dossier thématique. Ces éléments ont fait l’objet d’une sélection rigoureuse, géolocalisés et complétés lorsque nécessaire d’estimations de datation, précisions typologiques… L’objectif de Tiez Breiz est bien d’enrichir la connaissance de ce patrimoine fragile et finalement assez méconnu. La richesse du travail de Pierre Le Guiriec fournit pour cela une matière d’une grande qualité appelée à s’enrichir encore.

 

 

Association loi 1901 créée il y a plus de 45 ans, TIEZ BREIZ – Maisons et paysages de Bretagne est un des acteurs majeurs en Bretagne qui agit pour la sauvegarde et la mise en valeur de l’architecture et des sites ruraux. Ses moyens d’action sont l’information et la sensibilisation du public au travers de publications, d’animations et de conférences. Elle délivre des conseils techniques de restauration, mène des études patrimoniales et propose des stages de formation aux techniques traditionnelles de restauration du bâti ancien.