inventaire et valorisation du patrimoine de bretagne

Forte de son engagement à co-construire la connaissance des patrimoines de Bretagne, la Région Bretagne invite chaque année les partenaires impliqués dans des opérations d’Inventaire du patrimoine à se retrouver pour partager expériences et réflexions autour d’une thématique. Le 31 mars, à Lorient, c’est de paysages dont il va être question…

 

« Le paysage désigne une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interactions dynamiques. » (Convention du paysage, 2000)

Dans le domaine de la protection des paysages remarquables, la Bretagne a affirmé son caractère pionnier : l’île de Bréhat a été en 1907 l’un des premiers sites classés de France. En revanche, comme souvent, les paysages du quotidien restent oubliés des politiques d’aménagement. Multiplier les dynamiques partenariales autour des études d’Inventaire du patrimoine, c’est élargir le nombre d’acteurs qui s’impliquent pour lire leur richesse et lutter contre leur banalisation.

 

Décortiquer le décor

Il est dans l’ADN de l’Inventaire de regarder son objet d’étude dans son environnement. Les architectures traditionnelles révèlent la géologie, les ressources et les périodes d’enrichissement et d’occupation d’un territoire. En étudiant le viaduc ou le moulin, l’Inventaire regarde aussi la vallée ; en étudiant la ville, il regarde la topographie à l’origine de son implantation. Il donne sens à l’enchevêtrement d’un paysage portuaire, à la complexité des strates urbaines et des relations ville/campagne, à l’exploration des architectures urbaines en pan de bois… Il donne aussi à lire la carrière sous le lac qui aujourd’hui la dissimule, la grève gommée par le polder, les traces bocagères perdues dans la ville.

Attachées à leur territoire ou à une thématique, de nouvelles études déroulent d’autres paysages ou revisitent les lectures précédentes en cartographiant des constructions de pierre sèche, des toits en tuile au milieu des couvertures d’ardoise du Trégor ou des traces d’anciennes signalétiques routières comme autant de clés de lecture de notre environnement, de ses transformations et de notre histoire. Le facteur temporel construit l’épaisseur de cet « objet » en perpétuelle transformation.

 

Évolution du paysage et permanence de points de vue à l’anse de Solidor à Saint-Servan (Saint-Malo, 35),  début 20e siècle et 2004
 © Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, fond Nourry / © Service de l’Inventaire du patrimoine, Région Bretagne

 

Portés par nos regards d’historiens, nous nous attachons à lire les traces imprimées par les strates des occupations et activités successives. Mais comment va-t-on au-delà de l’observation et du perceptible ? Quels sont nos outils pour deviner des états disparus ? Il faut connaitre l’histoire de l’exploitation pour comprendre la forêt qui occupe l’horizon, savoir lire le maillage disparu du bocage et les cultures qu’il abritait, ou l’emprise non perceptible de la mine.

Toutes les études de paysages passent-elles aussi par le prisme de l’archéologie de l’observation ? Comment procèdent les géographes ou les naturalistes ? L’analyse des logiques passées de mutations, d’abandon ou de développement est-elle suffisante pour se projeter vers demain : quels outils sont nécessaires aux aménageurs et aux décideurs pour imaginer nos futurs besoins et leurs impacts sur notre cadre de vie ?

Inventaire participatif sur le Bélon, été 2021 © Service de l’Inventaire du patrimoine, Région Bretagne

 

Une journée pour croiser les regards sur nos paysages

La volonté de la Région Bretagne d’inviter les Bretons à s’associer à des études d’Inventaire multiplie les opportunités de mettre en perspective ces interrogations : aujourd’hui, près de quarante opérations d’Inventaire se déroulent en Bretagne, portées par des collectivités, des associations, des formations universitaires et même des particuliers. Chacune d’entre elles porte un regard qui lui est propre sur son territoire ou son objet d’étude.

Plus encore sans doute que d’autres objets patrimoniaux, le paysage est subjectif. Il véhicule une part importante de projections personnelles. Et comme tous les champs patrimoniaux, il n’a de cesse de s’élargir. On parle aussi de paysages sensoriels — et notamment sonores —, de paysages nocturnes… Comment nos approches « scientifiques » s’accommodent-elles de ces paysages vécus ?

En présence d’Anne Gallo, Vice-Présidente du Conseil régional de Bretagne, les journées des partenaires de l’Inventaire réunissent chaque année les acteurs impliqués dans des opérations d’Inventaire pour faire réseau, partager leurs pratiques et les questionnements qu’elles soulèvent.

La journée alterne tables rondes, ateliers et conférences (programme). Réservée aux acteurs impliqués dans des opérations d’Inventaire en Bretagne, elle s’ouvre à tous en soirée avec une conférence inspirante et dinatoire consacrée aux paysages sous-marins.  La journée des partenaires 2022 est organisée avec le soutien de Lorient Agglomération pour la mise à disposition de la salle des assemblées.